Exposition Patti Smith
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Du 28 mars au 22 juin la Fondation Cartier présente Land 250, une exposition très personnelle et exceptionnelle de l’artiste et musicienne américaine Patti Smith. Réunissant des œuvres réalisées entre 1967 et 2007, l’exposition permet de découvrir l’univers lyrique, spirituel et poétique de l’artiste. La voix de Patti Smith dominera l’ensemble des installations, créées spécialement pour l’exposition et présentant une sélection de photographies, de dessins et de films.

Une artiste aux multiples facettes Si le nom de Patti Smith évoque avant tout l’égérie de la scène punk-rock new-yorkaise, l’artiste explore également les arts visuels et la poésie depuis la fin des années 1960. Le visiteur découvrira plus de 200 polaroïds, une sélection de ses dessins, un clip réalisé par Robert Franck, une vidéo de Jem Cohen ainsi qu’une sélection d’objets chers à l’artiste et des manuscrits originaux provenant de ses archives personnelles.

Une démarche artistique S’absorbant dans la poésie et dans la scène, Patti Smith a toujours recherché une synthèse entre improvisation, politique et rock’n’roll. Elle commence par prendre des photographies qu’elle utilise dans des collages puis elle s’empare d’un vieil appareil Polaroid Land 250 et aux cours de ses nombreux voyages, elle se constitue un véritable enregistrement visuel de ses émotions : « l’immédiateté du procédé photographique m’a procuré un sentiment de libération, en comparaison avec le processus long et compliqué du dessin, de la musique ou de la poésie » explique-t-elle. Patti Smith photographie aussi des sujets chargés de sens à ses yeux : le lit de Virginia Woolf, la machine à écrire d’Hermann Hesse ou encore les couverts d’Arthur Rimbaud.

Autour de l’exposition

* Des soirées Nomades. Patti Smith chantera, seule ou accompagnée de son groupe, et se prêtera à des lectures de poésie. La librairie deviendra, le temps de l’exposition, sa bibliothèque personnelle. Ses choix de livres, de disques, de films et d’objets permettront au public de pénétrer la richesse de son univers. * Un catalogue. La Fondation Cartier publie également un catalogue comprenant 250 œuvres photographiques de Patti Smith, essentiellement des polaroïds inédits, ainsi qu’un coffret de 3 ouvrages annotés de textes de l’artiste. Le premier présente une série de photographies de sculptures. Le deuxième se concentre sur la figure d’Arthur Rimbaud ( poèmes, dessins et photographies). Le troisième est un carnet de notes imaginé par Patti Smith. * Andrea Branzi. Parallèlement à Land 250, la Fondation Cartier consacre une exposition à l’architecte et designer Italien Andrea Branzi. Le public pourra découvrir deux installations avec leurs parois de verre et de métal entremêlées d’éléments naturels ( branches d’arbre et fleurs ).Ces vastes installations, habitées par la voix de Patti Smith, ouvrent le dialogue avec l’architecture de Jean Nouvel.

De Memphis à Londres, de San Francisco à Liverpool, le rock a bâti sa légende dorée. A New York, seulement, il s'est transformé en or - en art total, dépassant le simple phénomène musical. De Dylan à Lennon, de Hendrix à Springsteen, les stars plongées dans le bain électrique de la Grosse Pomme ont toutes été transfigurées. Et les groupes, qui y sont nés, comme le Velvet Underground (« coaché » par Andy Warhol) à la fin des années 1960, font figure de référence absolue. Parce que l'art new-yorkais est une langue unique parlée d'une même voix par des musiciens, poètes et plasticiens complices. Patti Smith, que la Fondation Cartier « expose » à partir du 28 mars, en est l'exemple le plus ardent : poétesse, chanteuse, guitariste, peintre, photographe et militante, elle incarne encore à soixante-deux ans toute la noblesse du rock.

Une famille modeste, mais ouverte. Une jeunesse à Philadelphie, assoiffée de liberté et d'expériences, marquée par la passion de la musique, de l'art moderne et de la poésie. Flashant autant sur Dylan et les Stones, que sur Blake et Rimbaud, Picasso et Pollock, elle fait des études d'art. Elle travaille un temps à l'usine (« Piss Factory » est le titre de son premier « single »...), mais jette vite l'éponge, pour entamer une vie d'artiste - à New York bien sûr. On est en 1967. Elle trouve alors son Pygmalion : le photographe Robert Mapplethorpe.

En 1969, elle s'installe à Greenwich Village, au Chelsea Hotel. Elle travaille dans des librairies. Fréquente William Burroughs. Ecrit des poèmes, les lit en public. Bientôt, elle s'accompagne du guitariste Lenny Kaye, et, à l'aube des années 1970, sa lecture devient chant. La poésie a besoin du rock pour « passer » en cette fin de siècle. Et le rock a besoin de poésie et de Patti, la « passeuse ». L'époque dorée du rock rebelle est révolue - Hendrix est mort, Dylan fait l'école buissonnière - le rock cherche un électrochoc. Ce sera « Horses » en 1975 - deux ans avant l'explosion punk. Un disque urgent qui remet tout en question ; « Jésus est mort pour vos péchés, mais pas pour les miens. » C'est le début de « Gloria », chef-d'oeuvre absolu, spirale de feu, chanson adaptée d'un standard de Them. Avec la beauté d'un diable androgyne, Patti chante, exulte, éructe - ses mots sont beaux, urgents, scandaleux. Tombe la pluie

Sur scène, Patti Smith s'exalte et s'oublie. Totalement. En 1977, elle tombe de scène et manque de se briser le cou. Une cuisante leçon... de vie. L'art peut être destructeur, elle apprendra à se préserver. La vie - et la mort - se rappellent à elle. Alors qu'elle avait choisi de se retirer avec son mari Fred Smith (ex-guitariste des MC5) pour élever ses enfants, les années 1980 lui réservent des coups du destin tragiques. Mort de Mapplethorpe en 1989 (du sida), de son pianiste Richard Sohl en 1990, de son mari, puis de son frère, en 1994 (tous trois d'une crise cardiaque)... C'est l'hécatombe.

Mais Patti ne sombre pas. Pour ses deux enfants. Pour l'art. Elle revient au disque en 1996 (« Gone Again », superbe) et à la scène. Elle chante : « Les temps sont durs, chaque fois qu'il pleut, il pleut sur moi » (« Farewell Reel ») et le public de l'Olympia à Paris pleure avec elle... Les années Bush lui donnent des ailes. Quand elle chante « Power to the People » et harangue les foules contre la guerre en Irak, avec ses longs cheveux gris tressés, on dirait un croisement de Rosa Luxembourg et de Geronimo.

Mais l'éternelle révoltée est habitée d'une grande paix intérieure. Le magnifique documentaire de Steven Sebring « Dream of Life » (diffusé sur Arte mardi) qui couvre onze ans de sa vie, la montre dialoguant en vers libres avec son passé - ses poètes, ses morts - et son présent - ses musiciens, ses vieux parents, ses enfants, devenus grands et musiciens. Du Chelsea Hotel aux rues de Tokyo ou de Paris, de salles de concerts en jardins et cimetières, Patti Smith, promène partout son âme de poète, pour souffler sur les braises de la beauté bafouée du monde.