Sur le papier, la randonnée s'annonçait superbe, des cols, nuits en refuge et des paysages splendides en ligne de mire.
J'allais réaliser un reportage photo à ma façon!
Mais la météo en a décidé autrement, orages et pluies diluviennes. Impossible de faire demi tour surtout avec les enfants,
le retour vers les véhicules auraient été trop hasardeux, avec 5 heures de marche!

Décision prise, il fallait aller chercher les voitures par un autre moyen : le taxi. Mais en refuge un taxi, c'est rare...
Le gardien devait faire son approvisionnement, et c'est par une heureuse conjonction qu'il nous proposa quelques places dans son 4x4.
Bien des randonneurs marchaient le long de la route, encapés sous la pluie battante.

Eux étaient de vrais marcheurs!

Au détour d'un virage, un groupe sans équipement particulier, portant des couleurs vives, marchait en rang.
"ce sont des migrants, il y en a beaucoup de ce côté de la frontière" nous déclara notre chauffeur.
Stupéfaction! Nous n'avions jamais vu de nos propres yeux, ce que la TV et les journaux nous montraient comme des êtres qui menaçaient la France!
"c'est rare de les voir en plein jour, d'habitude ils marchent la nuit" reprit-il
"il y a peu, j'en ai vu qui avaient des enfants, je les pris dans ma voiture et on s'est arrêté à une boulangerie, ils ont mangé comme des morts de faim!"
Un silence gêné dans l'habitacle...
"enfin la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde..." conclut-il.

La désobéissance civile n'est pas qu'une idée qui aurait germée dans les esprits de certains intellectuels.
Elle est déjà bien à l'œuvre et même dans des lieux reculés.
Et il ne convient pas de désespérer de l'homme, oh non, pas celui des hautes sphères, mais du commun des mortels,
qui a encore du cœur et une âme!

La première image qui m'est venue à l'esprit, et celle des migrants pendant la dernière guerre,
cette population civile française, fuyant sur les routes les zones de combats...
Rien n'est comparable dans l'absolu mais je n'y peux rien, c'est cette association d'images qui m'est venue spontanément...

Je n'ai pas fait de photo, il n'y avait rien à montrer, juste dire qu'ils ont la peur dans le regard.
Peur d'être chassé, peur d'être découvert, peur de nous...
En tout cas la "traque" de ces gens et ceux qui les aident un tant soit peu, ne se fait pas en mon nom...