Photos et pensées

Mes travaux photographiques, apiculteur de pixels !

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vendredi, octobre 30 2009

Mes deux Maurienne !

La première renoue avec son passé, sa belle histoire ; celle d'une certaine noblesse de culture - oh pas celle des robes, et mitres -le labeur des jours d'antan, nécessaire à l' éclosion de cette fleur violette, si caractéristique : Monsieur le Safran !
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Ma deuxième Maurienne, à le regard vers le lendemain -assoit la culture populaire -oh pas celle des forts en thèmes, et des cercles d'initiés -tous les savoirs sont réunis pour l'éclosion de la raison, ce lieu si caractéristique, reflet du monde : Madame la Médiathèque!
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lundi, août 10 2009

Willy Ronis : «La photographie exhibitionniste me dérange»

Willy Ronis : «La photographie exhibitionniste me dérange» Propos recueillis par Valérie Duponchelle source : LE FIGARO

Fils d'un émigré juif d'Odessa (Ukraine) et d'une pianiste juive lituanienne, Willy Ronis, né le 14 août 1910 à Paris, a gardé ce charme doux venu d'Europe centrale. Homme posé, tout en courtoisie et en mesure, cet admirateur de Stevenson et de Julio Cortazar, des Fraises sauvages, de Bergman, et du génie Fellini est l'une des dernières grandes fi­gures de la photographie humaniste. Avec la complicité du Jeu de paume, Arles lui rend hommage en une belle rétrospective à l'église Sainte-Anne, émouvante comme le Requiem de Fauré qu'il aime tant. Rencontre avec un homme engagé qui ignore toujours, à 99 ans, le sectarisme, le snobisme, le pessimisme complaisant et la vulgarité.

LE FIGARO. - L'amour de l'humain, est-ce votre signature ? Willy RONIS. - Oui, je suis né comme ça. Naturellement, cela se traduit dans mon travail. J'en suis ravi. C'est ma nature.

Vous avez donné une définition de l'école humaniste : «C'est le regard du photographe qui aime l'être humain»… Retrouvez-vous ce regard chez les photographes d'aujourd'hui ? Certainement. Cela a existé de tout temps. Cela existera tant qu'il y aura des hommes. Les hommes vivent en société, les uns auprès des autres. Il est bien normal que des affinités se composent et se traduisent par des contacts chaleureux, importants, comme ceux que j'ai vécus.

Ce sens de la communauté vient-il de votre entourage familial ? Mes parents vivaient dans une petite cellule familiale assez isolée. Dès l'adolescence, j'ai fréquenté des groupes. À l'âge adulte, j'ai rencontré pas mal de monde. Comme j'ai un grand plaisir à m'entretenir avec mes semblables et le contact facile, tout s'est construit spontanément. J'ai tenu cela de mon père, un homme extrêmement chaleureux, fantastique, toujours gai malgré les adversités, et il en a eu. Il a été ma vraie mère. Cela a déteint sur moi. J'ouvre sur mes contemporains des yeux qui leur sont d'emblée favorables. Quitte à me tromper. La foi n'est pas en cause. Ma mère était juive, religieuse, mais je n'ai pas été touché par cette grâce. J'ai très bien vécu sans.

Bonté, amour du prochain… Ce ne sont pas des valeurs terriblement démodées ? Est-ce pour cela que vos photos les plus tragiques gardent une lueur d'espoir ? Certaines sont tragiques, c'est vrai. Comme ce Mineur atteint de silicose que j'ai photographié à Lens, dans le Pas-de-Calais, en 1951. Devinez son âge ? Il avait 47 ans et la tête d'un homme de 70 ans. Il s'appelait Émile Fon­taine. Il ne mangeait plus. Il fumait seulement. Il ne marchait presque plus. Il restait assis en tailleur dans un fauteuil, se risquait, vacillant, à faire quelques pas dehors en s'appuyant sur le mur. Il est mort quelques mois après la photo. Je l'avais rencontré grâce à des amis lensois qui m'aidaient dans ma quête de motifs. Je suis entré chez lui pour me présenter et lui demander si je pouvais prendre sa photo der­rière la fenêtre, où j'avais eu mon premier regard sur lui. C'est la circonstance qui fait le contact.

Quel a été le déclic de votre engagement politique, vous qui avez photographié le Front populaire, sa joie, puis sa déception ? J'avais 13 ans lorsqu'un soir dans le métro je vois entrer quatre ouvriers avec leurs casquettes sur la tête, signes distinctifs de l'ouvrier parisien. Ils se mettent à chanter. Un chant grave dont les paroles m'étaient inconnues et me touchent profondément. Le lendemain, au lycée, un ami m'explique qu'ils chantaient La Jeune Garde, un chant révolutionnaire. C'est une des premières émotions qui m'ont marqué et ouvert les yeux sur la condition humaine et, plus spécifiquement, sur la condition ouvrière. De là, de proche en proche, je suis devenu communiste à 14 ans. Cette marque-là ne s'est jamais effacée. J'ai conservé toujours un immense respect pour la condition des travailleurs et leur défense.

Cet engagement précoce vous a sans doute porté pendant la période noire de la guerre, vous qui avez traversé de nuit, en juin 1941, la ligne de démarcation ? Je sentais venir la persécution. À Paris, j'avais dû aller faire tamponner ma carte d'identité avec le tampon «Juif». À Nice, à Cannes, puis dans le Vaucluse, je ne me suis pas vraiment caché. Je n'ai même pas changé de nom puisqu'il ne comportait pas de signes étrangers. Mon nom aurait pu être français.

Avez-vous fait des photos de cette persécution qui s'avançait sur les Juifs d'Europe ? Non, très peu.

Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être que cela me dérangeait trop. Si j'avais été célibataire, j'aurais sans doute pris des risques. J'avais ma mère à ma charge. Elle est restée à Paris, avec une inconscience folle. Elle a survécu à Paris. C'est le destin dans toute sa violence et sa bizarrerie. J'ai eu de la chance. Je suis le seul à m'être échappé lorsque nous avons traversé la ligne de démarcation et qu'une patrouille allemande nous a interceptés. J'étais jeune, j'ai pu courir. Les autres étaient des familles avec des enfants.

En 1944, lorsque vous rentrez à Paris, vous gardez votre foi en l'homme. Vous auriez pu faire des photos des lâches et des salauds… Il y avait de la matière. Mais ce n'est pas ce qui m'intéressait. J'étais témoin, je n'avais pas envie de faire de la dénonciation. Le témoignage suffisait déjà. Je ne voulais pas rajouter de l'indignité à l'indignité. J'ai mes qualités et mes faiblesses. Mais, tout compte fait, je n'ai pas trop à rougir de mon passage dans la vie. Même la guerre n'a pas altéré mon optimisme foncier. Je ne crois pas en la perfectibilité de l'homme, non, mais il y a suffisamment de braves gens pour que l'on n'ait pas à désespérer. Je veux croire que les hommes seront assez sages pour organiser la société afin qu'elle fasse le moins de mal possible. J'écoute la radio, je vote, je me mets encore en colère. Pour la première fois de ma vie, je n'ai pas voté pour les élections européennes.

La pudeur est dans toutes vos images. Comment regardez-vous la photographie contemporaine, qui la pratique si peu ? Je ne suis pas exhibitionniste. Ce nouveau monde des photographes, je ne le connais pas bien. Depuis que je ne peux plus courir les rues comme avant, je vois beaucoup moins mes confrères. Je les vois ici, en Arles, et je vois les images qu'ils produisent dans des illustrés. Et il y a d'excellents photographes comme le Tchèque Josef Koudelka. Nan Goldin (la photographe américaine de l'underground et de la transgression NDLR) ? Cela me dérange plutôt. Pourtant, la femme est charmante. Bien sûr, on peut traiter tous les sujets, on peut tout montrer. Mais il ne faut pas que cela devienne un système. Remarquez, il y a des choses aimables dans son travail, mais c'est très minoritaire. Je respecte néanmoins sa recherche.

Qu'aimeriez-vous que l'on dise de vous ? C'était un brave type et il était bon photographe.

dimanche, février 17 2008

Anthologie 7 Kertész

"La plupart des appareils modernes destinés à reproduire la vie, appareil photo compris, ne font en réalité que la répudier. Nous gobons le mal; le bien nous reste en travers de la gorge" Wallace Stevens

Naissance : 02 Juillet 1894 Nationalité : américaine Mort le : 28 Septembre 1985 Métier : Photographe

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Kertész est un photographe de la commémoration, de ceux qu'il a aimés, de la lumière, et de cette modernité qu'il n'a cessé de convoiter et de précéder pour communiquer avec les générations nouvelles, lançant des photos presque vides quand les autres les faisaient combles, et décidant de voir le monde depuis sa fenêtre quand les autres le parcouraient. (Hervé Guibert)

Nous devons tous quelque chose à Kertész. (Henri Cartier-Bresson)

L'appareil photo est mon outil. Grâce à lui, je justifie tout ce qui m'entoure.

Biographie d'André Kertész La photographie d’André Kertész se distingue par des compositions et des angles de vue innovants, et par la grande originalité de ses diverses expérimentations. Né à Budapest, Kertész réalise ses premières photos en tant que soldat de l’armée austro-hongroise, à laquelle appartient également son compatriote et confrère Brassaï.

Il émigre à Paris en 1925, et se joint aux dadaïstes. Il collabore à divers journaux et réalise des portraits d’artistes (Mondrian, Chagall) et d’écrivains (Colette). Ses photos lui valent la célébrité, et il devient le maître de toute une génération d’artistes. Bien qu’il soit proche des surréalistes et des dadaïstes par l’«inquiétante étrangeté» et la poétique suggestion de certaines de ses photographies, Kertész n’appartient à aucun mouvement.

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En 1936 il fuit l’Europe pour les Etats-Unis (où il est naturalisé en 1944), où il photographie des demeures célèbres pour le magazine House & Garden Magazine. Ses photos ne rencontrent pas en Amérique la faveur du public, et peu à peu son succès faiblit, le conduisant à une grande désillusion, avant qu’une exposition individuelle en 1964 au MoMA de New York ne lui relance sa carrière.

Peu avant sa mort en 1985 à New York, à l’âge de 91 ans, Kertész, toujours à la recherche des possibilités plastiques de la photographie, porte son attention sur l’expérimentation du Polaroid.

mercredi, janvier 16 2008

Photographie et anthropologie : qu'est-ce qu'une bonne photographie ?

Pierre Jérome Jehel

Dans le journal La Lumière daté du 31 mars 1855, un article intitulé " La photographie et l'anthropologie " affirmait " il faut nécessairement que la photographie vienne au secours de l'anthropologie, sans cela elle restera longtemps ce qu'elle est aujourd'hui ". Selon l'auteur, l'anthropologie, après des avancées prometteuses, se trouvait alors dans une impasse. Seul, le recours à la photographie, pourrait lui donner un nouvel élan. Discours partisan s'il en est, mais significatif des possibilités que semblait offrir l'image photographique à l'anthropologie. La production photographique des anthropologues au XIXe siècle sera en effet conséquente - les quelques deux cent mille clichés que l'on estime être conservés à la photothèque du Musée de l'homme, donnent une idée de l'importance de ce corpus. Une tel engouement indique que le médium photographique était en parfaite adéquation avec cette "nouvelle science" dont les bases théoriques et institutionnelles s'établissaient en même temps que se généralisait la pratique de la photographie. Immédiatement, les savants "anthropologistes" reconnaissent en l'image photographique un outil idéal à leurs recherches.

L'anthropologie du XIXe siècle, ancrée dans une anthropologie physique, issue de la médecine, nécessite un mode de représentation le plus exact possible. La photographie, prenant le relais du dessin et de la peinture, est alors convoquée pour ses qualités de précision et d'exactitude. D'autre part, la recherche des "types humains", à laquelle conduiront ces théories anthropologiques, va faire appel à l'image photographique pour sa disposition à être classée et collectionnnée. Ainsi, dans ces deux grandes lignes directrices de l'anthropologie, l'analyse de l'apparence des corps et la démarche taxinomique, le médium photographique vient parfaitement trouver sa place. Dès lors que les anthropologues établiront des méthodes spécifiques d'observation, ils recommanderont donc l'usage de la photographie. Ils vont cependant tâcher d'en contrôler précisément la mise en oeuvre, car, malgré ses aptitudes "anthropologiques", l'image photographique devra être adaptée à des exigences particulières. Il apparaît en effet que cette double tâche dont est chargée la photographie, n'est pas sans contradiction. Il s'agit d'une part d'objectiver le sujet d'étude, de reproduire exactement une réalité, d'autre part de s'abstraire du réel, pour mettre en évidence des "types généraux".

A travers cet immense corpus de photographies, on apprend donc bien davantage sur les anthropologues de l'époque que sur les ethnies concernées, mais l'on apprécie surtout comment une communauté de scientifiques et d'intellectuels va tenter "d'apprivoiser" ce nouveau type d'image qu'est la photographie. C'est pourquoi, à travers cette exploration d'un univers "péri-photographique", puisque l'anthropologue-photographe n'est pas un photographe, c'est bien la photographie elle-même que nous abordons. Peut-on d'ailleurs réfléchir sur la photographie autrement qu'à travers les pratiques et les usages qu'elle induit ?

Dans le cas des applications anthropologiques de la photographie, les réflexions n'ont été jusqu'ici qu'occasionnelles. Il est d'ailleurs frappant qu'aujourd'hui toutes les rares observations sur le sujet, depuis le fameux texte de Margaret Mead de son introduction à Balinese character, a photographic analyse jusqu'aux derniers articles plus sociologiques de Jean-Paul Terrenoire par exemple, commencent toujours par constater et déplorer cette absence de communication entre la photographie et l'anthropologie. Quelques ouvrages ou publications récentes montrent cependant un regain d'intérêt à la fois pour ces images elles-mêmes, issues de démarches anthropologiques, ainsi que pour ce qu'elles représentent, d'un point de vue historique, voire archéologique. Penser la photographie par rapport à l'anthropologie amène à interroger la manière de représenter "l'autre", mais permet aussi d'aborder quelques grandes questions "dialectiques" essentielles que posent la photographie, autour de l'enregistrement d'une réalité et de sa construction subjective, ou encore des implications artistiques que peut avoir une démarche scientifique.

Le choix de l'image en anthropologie, qu'est ce qu'une bonne photographie Sylvaine Conord publié avec l'aimable autorisation de l'auteur-

Résumé

Une majorité de chercheurs en sciences sociales utilise encore la photographie essentiellement à des fins d’illustration, sans interroger le contexte de production de l’image. Pourtant, chaque cadre photographique est déterminé par des choix techniques, culturels, sociaux et esthétiques. Trois images, réalisées lors d’une enquête sur des aspects de la vie sociale de femmes juives tunisiennes fréquentant le quartier parisien de Belleville, sont présentées et explicitées. L’une d’entre elles a été prise à la demande du sujet photographié, les deux autres ont été produites selon les choix exclusifs de l’anthropologue-photographe. Elles nous éclairent sur les notions de présentation de soi et de représentations sociales. Sur quels critères s’appuie l’anthropologue pour considérer qu’une photographie est « bonne » ? Il n’est pas nécessaire que l’image soit « belle » au niveau des formes et des couleurs, mais plutôt qu’elle délivre du sens par rapport au sujet. Le contexte de production et le contenu informatif de l’image intéressent au premier plan le chercheur. Abstract

Most researchers in social sciences still use photography mainly as illustrations without questioning the context of the image’s production. However, each photographic “frame” is determined by technical, cultural, social and esthetic choices. Three images from a survey on aspects of the social life of Jewish Tunisian women who frequent the Parisian district of Belleville are presented and explained. One was taken on the photographed subject’s request, the two others were taken on the anthropologist-photographer’s exclusive criteria. They inform us about notions of self-representations and social representations. On what basis does an anthropologist-researcher consider a photography to be “good” ? The image is not necessarily beautiful in respect to the shapes and colors, but rather it should transmit a meaning in relation to the subject. The researcher’s first priority is the context in which it was produced and the image’s informative content.

Un nombre croissant de chercheurs et d’étudiants en sciences sociales utilisent l’image dans le cadre de leurs investigations. Il ressort de travaux récents (L’ethnographie, 1991, 109 ; Journal des anthropologues, 2000, 80-81), notamment d’une étude réalisée par Jean Paul Filiod (1998) 1, que le film ne constitue pas le seul support qui intéresse les milieux scientifiques : l’usage de l’image photographique est également très répandu 2. Dès 1925, Marcel Mauss introduisait dans ses leçons d’ethnologie (Mauss, 1967) l’idée que le procédé photographique permet de collecter des données visuelles et de mémoriser ainsi de multiples détails relatifs aux faits observés, informations que l’œil nu, seul, ne pourrait retenir (Piette, 1996). Cependant, d’un point de vue méthodologique, il ne suffit pas de considérer le procédé photographique comme un moyen d’enregistrer des données relatives à des éléments visibles du terrain observé et de l’utiliser ensuite à des fins illustratives sans autre forme d’interrogation. L’image n’est pas miroir du réel, mais plutôt un « objet construit ». Le cadre photographique est déterminé par les choix du sujet photographiant qui définit au moment de la prise de vues une manière de montrer certains aspects des réalités observées (Terrenoire, 1985 : 515). Le(s) sujet(s) photographié(s) intervient parfois dans le processus de fabrication de l’image, à travers des jeux de mise en scène de soi produits devant l’objectif, principalement destinés à contrôler une manière de se montrer. A chaque étape de l’investigation (collecte d’images sur le terrain ou dans des archives, analyse des données, restitution des résultats), l’anthropologue-photographe 3 trie et retient un certain nombre de photographies parmi toutes celles qui ont été accumulées. Sur quels critères, de l’instant de la prise de vues au traitement des données recueillies, sélectionne-t-il les images qu’il estime « intéressantes » ? Doit-il délaisser la question esthétique ou à l’inverse la prendre en compte dans son analyse ? D’un point de vue scientifique, qu’est-ce qu’une « bonne image » ?

Il s’agit ici d’apporter quelques éléments de réponse à ces questionnements à partir des résultats d’une enquête que j’ai réalisée à propos des trajectoires sociales, des pratiques religieuses et de la mobilité de femmes juives tunisiennes retraitées, fréquentant le quartier de Belleville dans l’Est-parisien (Conord, 2001) 4. Issues de milieux modestes, originaires du quartier d’Hafsia à Tunis, ces femmes, alors âgées de 60 à 80 ans, m’attribuèrent le rôle de photographe, quelque temps après notre première rencontre dans un café bellevillois.

Dans la lignée des travaux de Margaret Mead et Gregory Bateson (1942), j’ai considéré la photographie comme un instrument de recherche à part entière à chaque étape du processus d’investigation du terrain. La position de photographe aux fonctions multiples (portraitiste, photographe de cérémonie, reproductrice de photographies anciennes, photographe de voyage organisé, etc.) m’a permis d’accompagner les Juives tunisiennes que je connaissais dans leurs divers déplacements, de lieu en lieu (Paris, Juan-les-pins, Deauville, pèlerinages en Tunisie et en Israël). Environ quatre mille deux cents clichés ont été produits (dont trois cents sélectionnés pour être présentés dans la thèse). J’ai multiplié les prises de vues photographiques répondant aux demandes des sujets photographiés et, parallèlement, j’ai réalisé des images selon des paramètres que j’ai définis en fonction des besoins de l’enquête. Points de vue sur la « beauté » d’une image

Qu’est-ce qu’une « belle » photographie en anthropologie ? Celle qui correspond aux jugements de goûts des sujets photographiés, ou celle qui est appréciée selon les critères scientifiques et esthétiques du chercheur et de la communauté scientifique à laquelle il appartient ? Derrière cette question se dessine le débat sur le rapport qu’entretient l’anthropologue avec son terrain.

Comme le constate Pierre Bourdieu dans ses écrits sur les usages sociaux de la photographie, on devrait plutôt parler de « bonne » photographie (1965 : 162). Selon Robert Adams : « la beauté d’une image photographique ne consiste pas seulement dans la relation des formes. La beauté est toujours liée au sujet. (...) Il est possible de révéler la beauté simplement en attirant l’attention du spectateur sur un visage humain, comme l’a fait Edward S. Curtis dans son portrait du Chef Joseph (Chef des Nez-Percé, 1903), ou en montrant les relations entre les hommes comme l’a fait Ben Shahn dans sa photo d’hommes plongés dans une discussion politique (Ohio, 1938), ou même en attirant l’attention sur les objets avec lesquels nous vivons ou par le biais desquels nous nous exprimons, comme l’a fait Dorothea Lange avec sa photo d’enseigne dans une petite station-service (Comité de Kern, Californie, 1938) » (Adams, 1996 : 53-54). Ces réflexions peuvent intéresser l’anthropologue. En sciences sociales, une « bonne » photographie n’est pas nécessairement « belle » au niveau des formes ou des couleurs, mais délivre du sens par rapport au sujet. Cependant je n’entends pas développer ici une réflexion sur les thèmes « photographie et esthétique de l’image », ou m’intéresser, par exemple, à la notion de plaisir esthétique 5. Je cherche plutôt à montrer la nécessité de dépasser l’usage purement illustratif de la photographie (fondé en partie sur des critères esthétiques), tel qu’il a été largement pratiqué dans un grand nombre de travaux anthropologiques du XIXe siècle à nos jours 6.

Prenons comme base de démonstration trois images prises le même jour, dans des circonstances identiques. J’assistai alors à une rencontre festive, appelée rebaybia, qui avait lieu régulièrement une fois par mois en région parisienne (au moment de l’enquête). Cette sorte d’après-midi dansant à caractère semi-privé est animée par des orchestres composés de musiciens et chanteurs tunisiens. Elle est réservée à une clientèle essentiellement féminine, et majoritairement juive tunisienne, qui tient à conserver le caractère intime de ces rendez-vous. Ces rencontres sont en effet vécues par les participantes comme un espace-temps libre de toutes contraintes domestiques et conjugales. Je fus parfois témoin, dans ces circonstances, de scènes que je reconnus être des manifestations d’états de transe. Mais ce jour-là fut le seul où je fus autorisée à prendre des photos 7. Des liens de confiance s’étaient établis avant que je sois invitée à « entrer dans la danse » lors d’une rebaybia, équipée de mon matériel de prise de vues (Conord, 2000).

Les sons des instruments de musique « traditionnels » (derbourka, bendir, târ, kralet, ghaîta) associés à la voix du chanteur entraînent les femmes dans des danses et des états de relâchement. Alors, il n’est pas rare d’observer des manifestations d’états de transes. Je les ai par la suite analysés comme étant des transes de possession, associées à une croyance populaire en les djnoun (sortes de génies), croyance encore très répandue au Maghreb (Rouget, 1980 : 383). Les photographies présentées côte à côte montrent des aspects de l’enchaînement des gestes d’une femme entrant en transe (enregistrés à deux moments distincts) d’abord lents (image nette, photographie 1, en haut), puis rapides (flou, photographie 2, en bas). Deux de ses amies l’accompagnent sans dire un mot, et semblent la retenir au moyen d’un foulard enroulé autour de ses hanches.

Les effets de mise en scène de soi et les changements de comportements dus à la présence d’une observatrice photographe sont quasiment inexistants car les sujets photographiés sont entièrement engagés dans l’action.

La principale activité de ces rencontres est la danse. Intimement lié à la fête - qu’elle soit religieuse ou profane - le thème de la danse est apparu dès les premiers entretiens enregistrés dans les cafés. La pratique de la danse dans les milieux judaïques populaires étudiés est vécue comme un moyen d’expression essentiel pour les femmes. Ces rendez-vous représentent pour ces femmes une occasion de se montrer parées de leurs plus belles toilettes, leur offrant la possibilité de mettre en valeur, du moins de soigner leur apparence. Il n’est pas rare qu’en arrivant dans la salle réservée pour une rebaybia, elles aillent se changer discrètement afin de revêtir des vêtements (apportés dans un sac) exclusivement réservés à cette occasion. C’est le cas de la robe de couleur verte et brillante représentée sur cette image. Elle sera ôtée avant de quitter cet univers festif, semi-clos, afin d’être remplacée par des habits plus adaptés aux espaces publics (rue, métro).

J’ai noté que la présence d’un appareil photographique avait renforcé le goût de la mise en scène durant ces moments forts de la vie collective. Le procédé photographique devient pour les sujets photographiés un moyen de fixer une présentation de soi attachée à ces moments d’exception.

Options techniques

Les choix techniques en photographie, comme la manière dont l’anthropologue mémorise ses observations sur son carnet de terrain (l’organisation du carnet, la manière de noter, la nature des informations sélectionnées), sont prépondérants dans le recueil de données : ils font partie intégrante de l’activité d’observation. L’anthropologue-photographe, face à une scène observée se déroulant de manière rapide et spontanée, doit pouvoir réfléchir à la façon dont il souhaite représenter le sujet photographié.

Les photographies 1 et 2 ont été réalisées selon mes propres choix techniques de prises de vues : représentation d’un instant donné d’une action (une femme en état de transe) laissant voir quelques éléments de l’environnement (la salle), absence d’effets de mise en scène de soi de la part des sujets photographiés, clichés en noir et blanc enregistrés sur un support négatif argentique d’une grande sensibilité à la lumière, cadrage vertical, utilisation d’un objectif grand angle 8, grande profondeur de champ 9, vitesse d’obturation lente 10, positionnement de l’opérateur (l’anthropologue-photographe) au plus proche du sujet photographié.

La photographie 3 a été réalisée en prenant compte des demandes de la femme photographiée (qui, durant les premières années de l’enquête, m’a commandé environ deux cents photos) : le visage est souriant, figé jusqu’au déclic photographique, les détails de la robe (sa couleur, sa brillance) mis en valeur, les détails des bijoux et du maquillage visibles. Quelques éléments relatifs au cadrage et à la mise en scène proviennent des choix du sujet photographiant, c’est-à-dire de l’anthropologue-photographe : cadrage horizontal, grande profondeur de champ qui permet de percevoir quelques éléments de l’environnement à l’arrière plan de la scène principale (sol, pilier décoré de miroirs, présence de tables et chaises et autres femmes observant la piste de danse), représentation d’un fragment de l’expression corporelle d’une deuxième danseuse montrée en amorce, de dos, positionnée à droite du personnage principal, visualisation dans le champ de l’image de l’objet surplombant la scène (le lustre) et en conséquence « coupe » au trois-quart des personnages au premier plan. Choix de prises de vues et modes de représentation

Dans le cas des photographies 1 et 2, les choix de prises de vues ont été déterminés selon quelques critères principaux : éviter de perturber le déroulement de la scène observée par l’utilisation des éclairs de flashs éblouissants, considérer que la prise de vues sur négatif couleur en situation d’éclairage artificiel et sans flash, pose quelques problèmes techniques (dominantes verte ou rouge), préférer les contrastes du noir et blanc particulièrement expressifs dans certaines circonstances (portraits, représentations de mouvements corporels, par exemple), laisser voir sur l’image des éléments du décor en arrière-plan comme les spectatrices assises au fond de la salle, et enfin privilégier un rapport de proximité avec le sujet photographié (et le terrain de manière générale selon les méthodes d’observation ethnographique). De plus, j’ai choisi une vitesse d’obturation dite lente, pour des prises de vues successives réalisées au fur et à mesure de l’accélération des mouvements, afin d’obtenir la visualisation, par le flou, de l’aspect progressif du déclenchement d’un état de transe. Une des caractéristiques du procédé photographique est d’offrir la possibilité d’immobiliser l’action, de figer un aspect précis d’un mouvement ou d’un geste en le fixant sur papier et ceci grâce à divers effets visuels (flou, filé, mouvement figé de manière nette, etc.). Depuis l’invention de cette technique au XIXe siècle, différents scientifiques ont trouvé un grand intérêt à visualiser la décomposition d’un mouvement non perceptible, par l’œil, dans sa totalité. L’observation des corps en mouvement n’apporte pas seulement des informations d’ordre biologique ou physiologique. La danse, par exemple, comprise comme technique du corps, intéresse au premier plan l’anthropologue : « le corps est le premier et le plus naturel instrument de l’homme. Ou plus exactement, sans parler d’instrument, le premier et le plus naturel objet technique, et en même temps moyen technique de l’homme, c’est son corps » souligne Marcel Mauss (1985 : 372).

Ces deux photographies 1 et 2 ont donc été produites selon des critères techniques (prise en compte des diverses contraintes liées à la lumière et l’espace, du positionnement de chaque acteur, des moyens techniques mis à disposition, etc.), scientifiques (considérer le contenu informatif de l’image, le type de détails visuels à mémoriser et le rapport au sujet photographié) et esthétiques (choix du noir et blanc, mise en forme, cadrage).

Les différentes images produites durant l’enquête à partir de ces critères ne correspondaient pas aux goûts des sujets photographiés. Selon ces femmes, une photographie doit non seulement être posée, mais aussi nette et surtout riche en couleurs vives et « brillantes », à l’image de leurs vêtements et de leurs ornements (colliers de perles, amulettes sous forme de poisson, bracelets et bagues dorées, etc.). Certaines d’entre elles m’ont fait remarquer, alors que je leur montrai des photos de danses en noir et blanc, prises de manière à obtenir un effet de flou, qu’elles trouvaient complètement « ratées » ce genre d’image. « Le noir et blanc, c’est pas de la photo..., c’est pas beau ! C’est noir, c’est la mort. Et puis on ne voit rien, c’est pas net ! », s’exclamèrent-elles. Finalement, l’appréciation d’une photographie dépend du système de représentation sociale de ce que doit être une « bonne photographie ». La commande (par les Juives tunisiennes) de la photographie 3, accompagnée d’indications précises (en couleurs, pose frontale et mise en scène de soi, expression du visage), m’informe sur les éléments constitutifs d’une mise en représentation. La présence d’une anthopologue-photographe offrait à ces femmes l’occasion de se produire en image. A partir de ces matériaux (images, entretiens enregistrés lors des « commandes »), il semble intéressant de procéder à une ethnologie de la présentation de soi.

Enfin, il est également important de considérer le fait que l’anthropologue intervient dans la production de toute image qu’il réalise (commandée ou non). En effet, en ce qui concerne la photographie 3, j’ai défini le cadre indépendamment des souhaits exprimés par la femme photographiée, selon des critères scientifiques et techniques : contextualiser la scène photographiée par l’enregistrement d’éléments visibles du décor et des gestes exprimés par une autre danseuse, détails susceptibles d’être réobservés au moment du traitement des données. Conclusion

Ainsi, il ne paraît pas possible, en anthropologie, de réduire la notion d’esthétique à la prise en compte des critères d’appréciation des formes de l’expression visuelle. C’est le contexte de production et le contenu informatif de l’image qui intéresse au premier plan le chercheur. Il est encore fréquent dans les productions scientifiques que l’image ne soit considérée que pour sa fonction illustrative et ses critères esthétiques tels qu’ils pourraient être définis par le lecteur. Les informations sur le contexte de prise de vues (le hors-cadre, les choix techniques) et les interactions entre sujet photographiant et sujet photographié sont rarement livrées : comme si l’image, allait de soi (Beaugé, Pelen, 1995 : 14). Pourtant, les commentaires autour de trois photographies (photographies 1, 2 et 3) prises dans un même contexte spatio-temporel de prise de vues, montrent que la photographie, élaborée à partir de choix techniques, esthétiques et scientifiques est bien un mode de représentation spécifique (Terrenoire, op. cit. ; Beaugé, Pelen, 1995 : 12). Elle n’est jamais produite et sélectionnée au hasard. Quand les photographies sont réalisées selon les critères esthétiques et les choix de mise en scène de soi des sujets photographiés, elles révèlent des éléments concernant la présentation de soi et les mises en représentation (Conord, 2000 : 104-111). Produites selon les choix exclusifs de l’anthropologue, elles apportent des informations diversifiées aidant à la description et la compréhension des faits sociaux.

Plusieurs paramètres sont susceptibles d’être pris en compte pour déterminer l’intérêt d’une image durant le processus d’investigation : choix de cadrage du sujet photographiant, lisibilité de l’image, contexte de prise de vues, critères d’appréciation de l’image propres au sujet photographié, degré de pertinence de données visuelles par rapport aux autres formes de matériaux collectés (discours, notes, entretiens), contenu informatif de l’image. Un corpus photographique diversifié constitue un ensemble de croisements de regards donnant à voir la complexité et la diversité des pratiques sociales du milieu étudié.

Notes

1 Jean-Paul Filiod a réalisé en 1998 une étude commanditée par la Mission du patrimoine ethnologique qui porte sur les usages de la photographie dans le domaine de l’ethnologie. L’enquête repose sur des entretiens menés auprès d’ethnologues, de responsables d’archives, de rédacteurs en chef de revues scientifiques et de photographes de musées.

2 L’image fixe et l’image filmée ont des fonctions complémentaires en anthropologie, sur le plan méthodologique. Par exemple, les techniques cinématographique et vidéo offrent l’avantage de permettre d’enregistrer la dimension sonore de la scène observée (musiques, paroles, bruits, etc.) et de reconstituer les mouvements (danses, gestes, déroulement d’une cérémonie) dans un espace-temps donné. Un film constitue un défilé rapide d’informations diverses qui demande au chercheur de consacrer beaucoup de temps pour visionner les heures de tournage avant de réaliser le montage (Collier, 1986 : 176). Les photographies peuvent être accrochées au mur, exposées pêle-mêle sur un bureau, observées dans tous les détails, comparées, triées, archivées. De manière générale, les analyses de ces deux types de supports, le film et la photographie, ne peuvent pas abordées de la même manière. J’ai choisi en conséquence de limiter mes propos à l’image photographique.

3 J’utilise les termes « anthropologue-photographe » pour désigner un sujet photographiant dont la fonction est double : il (ou elle) sur le terrain, est à la fois l’opérateur (photographe), et le scientifique (anthropologue).

4 Cette enquête de terrain, effectuée dans le cadre des recherches doctorales (Conord, 2001), a duré de 1994 à 1999.

5 A propos de la notion de plaisir esthétique, on peut se référer, par exemple, parmi les nombreux écrits existants à ce sujet, à l’ouvrage de Gérard Genette intitulé La relation esthétique, Seuil, 1997.

6 Au sujet de l’histoire des usages de la photographie en anthropologie, cf. Beaugé, Pelen (1995), L’ethnographie (1991, 109), Journal des anthropologues (2000,80-81).

7 L’organisation de chacune de ces rencontres dépendait généralement d’une personne. Celle-ci s’occupait de la location d’une salle à Paris, de la préparation des boissons et des sandwichs distribués durant l’après-midi (le coût de l’entrée pour chaque participante était de 140 francs, environ 22 euros actuels). Le jour de ces prises de vues, l’organisateur m’avait autorisée à prendre des photos, mais toutes les autres fois où j’ai eu l’occasion de participer à ce genre de manifestation, ce ne fut pas possible : une autre organisatrice m’interdisait strictement toute prise de vues pour protéger ses « clientes du regard des maris jaloux » (selon ses propos).

8 Un objectif de “courte focale”, appelé aussi “grand angle”, ou “grand angulaire” (inférieure à 35 mm), permet d’élargir le champ de vision et d’obtenir une grande étendue de netteté. Il permet d’embrasser un champ d’image (déterminé par un large angle de vue) supérieur à celui d’un objectif de “focale standard” (de 40 à 55 mm) qui se rapproche le plus de la vision humaine.

9 En photographie, on appelle profondeur de champ la zone de netteté située à l’avant et à l’arrière du point précis de l’espace sur lequel on effectue la mise au point.

10 C’est de la vitesse d’obturation, en photographie, que dépend le degré de netteté d’une image représentant un sujet mobile ou peu éclairé. Plus la vitesse sélectionnée à la prise de vue est lente (1/30e s, 1/15e s), plus le risque de flou est élevé.

Bibliographie

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BEAUGÉ Gilbert, Jean-Noël Pelen, 1995, ”Photographie, ethnographie, histoire, Présentation”, in Photographie, ethnographie, histoire, Grenoble, Le monde alpin et rhodanien, Centre alpin et rhodanien, Musée Dauphinois, 2-4 : 7-17.

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CONORD, 2001, Fonctions et usages de la photographie en anthropologie. Des cafés bellevillois (Paris XXe) à l’île de Djerba (Tunisie) : échanges entre des femmes juives d’origine tunisienne et une anthropologue-photographe, Thèse de doctorat en sociologie (dir. Carmen Bernand), Université de Paris X, Nanterre.

CONORD Sylvaine, 2000, ” ”On va t’apprendre à faire des affaires...”, Echanges et négoces entre une anthropologue-photographe et des Juives tunisiennes de Belleville”, Paris, Journal des anthropologues, Questions d’optiques. Aperçus sur les relations entre la photographie et les sciences sociales, Association Française des Anthropologues - Maison des Sciences de l’Homme, 80-81 : 91-116.

Ethnographie et photographie, print. 1991, n° spécial (art. réunis et présentés par Emmanuel Garrigues), L’ethnographie, Paris, Société d’ethnographie, t. LXXXVII, 1, 109.

FILIOD Jean-Paul, 1998, Multimédiations. La place et les usages de la photographie dans le domaine ethnologique, Rapport d’étude, Mission du patrimoine ethnologique.

GOFFMAN Erving, (trad. de l’anglais par Alain Khim), 1973, La mise en scène de la vie quotidienne, t. 1 : La présentation de soi, t. 2 : Les relations en public, Paris, coll. Le sens commun, Minuit.

MAUSS Marcel, 1967, Manuel d’ethnographie, Paris, coll. Petite bibliothèque, Payot.

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PIETTE Albert, 1996, Ethnographie de l’action, L’observation des détails, Paris, Métailié.

ROUGET Gilbert, 1980, La musique et la transe, Paris, Gallimard.

SIMON Patrick, Claude Tapia (avec la collaboration de Sylvaine Conord), 1998, Le Belleville des Juifs tunisiens, Paris, coll. Français d’ailleurs, peuple d’ici, Autrement.

TERRENOIRE Jean-Paul, 1985, ”Images et sciences sociales : l’objet et l’outil”, Paris, Revue française de sociologie, XXVI-3 : 509-527.

UDOVITCH Abraham Labe, Lucette Valensi (photographies Jacques Pérez), 1984, (rééd. 1991, Gordon and Brisch), Juifs en Terre d’Islam : les communautés de Djerba, Paris, coll. Ordres sociaux, Archives contemporaines.

Sylvaine Conord Le choix de l’image en anthropologie : qu’est-ce qu’une " bonne " photographie ?, Numéro 2 - novembre 2002. ©2008 - ethnographiques.org

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Sylvaine Conord est maître de conférences à l’université de Paris X-Nanterre (département de sociologie), anthropologue-photographe membre du Laboratoire d’Anthropologie urbaine du C.N.R.S. (Ivry, U.P.R. 34). Depuis 2003, elle délivre des cours en anthropologie visuelle et sociologie de l’image à l’université de Paris X-Nanterre. De 1994 à 2003, elle a enseigné dans divers établissements : universités de Lille 3 (U.F.R. Arts et culture), de Paris V, René Descartes, d’Evry Val d’Essonne, de Paris X-Nanterre, IUT de Nantes, E.T.S.U.P., E.N.S (formations pour travailleurs sociaux).

Elle a effectué ses études à l’université de Paris X, Nanterre, où elle a soutenu sa thèse intitulée Usages et fonctions de l’image en anthropologie. Des cafés bellevillois (Paris XXe) à l’île de Djerba (Tunisie) : échanges entre des femmes juives d’origine tunisienne et une anthropologue-photographe (18 déc. 2001, dir. de thèse, Carmen Bernand). Avant d’entreprendre ses recherches doctorales, elle a également suivi une formation technique en photographie et vente, à l’Ecole des métiers de l’image (C.C.I.P., Gobelins, Paris XIIIe), à la suite de laquelle elle a réalisé quelques reportages photographiques documentaires en Europe, aux Etats-Unis et en Asie du Sud-Est. Un prix lui a été décerné par la Délégation de la jeunesse et des sports lors d’un concours photographique organisé sur le thème “ la vie des jeunes en banlieue ” (1994). Depuis, elle a participé à diverses expositions collectives de photographies, en présentant des images et des textes extraits de ses travaux en anthropologie visuelle.

Ses travaux de recherche portent sur les fonctions et les usages de la photographie en anthropologie à travers l’approche de divers terrains en milieu urbain et périurbain : trajets et migrations, modes de sociabilité dans les cafés (Paris), "les mal-logés de la place de la Réunion" (Paris XXe), pratiques spatiales et représentations sociales (Argenteuil, Mons-en-Bar ?ul, La Courneuve), enquête exploratoire sur le thème de l’habitat (Capetown, Afrique du Sud). Dans le cadre de sa thèse, elle a considéré la photographie comme un instrument de recherche à part entière dans l’approche des trajectoires sociales et familiales, des croyances (observation du pèlerinage Lag ba Omer, Israël, Tunisie) et des modes de sociabilités de femmes juives originaires de Tunisie fréquentant les cafés parisiens de Belleville.

mardi, janvier 1 2008

LA PHOTOGRAPHIE, UNE RÉVOLUTION ONTOLOGIQUE ET ÉPISTÉMOLOGIQUE

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Pourquoi avoir interrompu la rédaction de l'Anthropogénie en 1983 pour écrire une Philosophie de la photographie, et en 1992 une Histoire photographique de la photographie, d'abord parues aux Cahiers de la photographie, et qui viennent de ressortir aux Impressions Nouvelles?

L'anthropogénie a pour thème la constitution continue d'Homo comme état-moment d'Univers. Or, la photographie a marqué une rupture majeure dans les idées que l'homme se faisait du monde et de lui-même. Cette révolution tient en deux adjectifs apparemment innocents : du tracé au granulaire. Toutes les images massives ou détaillées produites par l'homme depuis les bifaces d'Homo erectus-ergaster, il y a un million années, avaient toujours été tracées. Sculptées, peintes, gravés, elles sortaient d'une main traçeuse et d'un bras traçeur. Les dieux, quand ils créaient les choses à leur image et à leur ressemblance, faisaient de même. A Sumer, vers - 1750, ils fabriquent l'homme en modelant (traçant) du limon et en soufflant dessus (autre traçage). Du reste, quand ils étaient poètes ou musiciens, dieux et hommes traçaient également des mots ou des sons. Dans tous ces cas, les artisans avaient le sentiment d'être maîtres de leur ouvrage, trait par trait. Au sens fort de domini, régisseurs de domaines.

Ce n'est plus le cas dans la photographie...

Une photo s'obtient par la réaction de grains photosensibles sur une plaque posée dans une chambre noire. A l'entrée de cette chambre une lentille distribue régulièrement les rayons émis ou réfléchis par un spectacle extérieur ; les grains sensibles, affectés différemment par ces rayons, montrent, quand ils sont suffisamment développés, le spectacle en négatif. En appliquant sur ce négatif développé des papiers portant à nouveau des grains sensibles, on obtient un nombre indéfini de positifs. C'est ce que Talbot réalisa en 1840. La photographie au sens actuel était née.

Et sa révolution granulaire aussi.

En effet, les images, jusque là tracées trait à trait, résultaient maintenant d'un rapport purement physique entre un phénomène naturel physique (des rayons lumineux) et un appareillage physique (des grains sensibles). Le faiseur d'images n'était plus un démiurge-créateur sculpteur, dessinateur, narrateur, chanteur de mondes. Des photos remarquables peuvent être obtenues en déposant dans un fourré un appareil qui se déclenche automatiquement ; c'est même la seule façon d'observer efficacement les jaguars. Bien plus, même quand l'appareil est manié par un photographe, celui-ci reste toujours à l'écart de l'action principale. Au début c'était frappant, puisqu'il se tenait à côté du dispositif, se contentant de choisir ou régler le spectacle, et pousseur sur le déclencheur quand les spectacle était à point (« souriez et ne bougez plus»). Aujourd'hui, les appareils sont doués d'un viseur qui donne à voir en même temps qu'on déclenche, mais par dessus ce que saisiront l'objectif et la plaque. Et si certains appareils, qui intéressent particulièrement les photos d'architecture, permettent de voir le spectacle du point de vue de la plaque qui l'enregistrera, c'est avant le déclenchement, pas pendant. Bref, un photographe ne peut jamais que « prévisualiser », comme disait Ansel Adams. Il est détrôné de la situation qu'avait le peintre-dieu, constructeur de mondes, selon l'observation de Vinci. Le voilà preneur, déclencheur, aiguilleur, non créateur. Pas même vraiment fabriquant.

Les images photographiques sont-elles aussi décalées que le photographe?

Dans des images granulaires, il y a toujours beaucoup moins et beaucoup plus que ce j'ai voulu. Pour des raisons obvies. Les grains sensibles sont-ils égaux ? Leur répartition est-elle parfaite ? Même alors, il reste de l'espace entre eux dans l'émulsion. La façon dont ils sont affectés dépend de conditions de quanta. De même leur développement, qui sont « des effets quantiques de masse », disent maintenant les physiciens. Et, comme c'est encore le cas des impressions, le quantum, c'est-à-dire le « grain d'énergie », est ici partout. A ce compte, un détail devient l'essentiel, l'essentiel devient détail. Sans compter que rien n'est plus digitalisable que des granulations ; au point que, depuis quelque année, le digital supplante l'analogique. Or, la digitalisation implique la porte ouverte à tous les recadrages et sous-cadrages, jusqu'à la création d'un espace-temps tout entier fenêtrant-fenêtré, en inserts d'inserts, en windows. Bien plus, la digitalité permet des mises en évidence telles qu'Homo, qui ne connaissait encore que des structures et des textures, se trouve maintenant en présence d'ultrastructures, comme disent les histologistes quand ils parlent de leurs coupes microscopiques de cellules. Tourner les pages d'un atlas d'histologie est plus rénovateur qu'une retraite de trois mois dans le désert. Et plus instructif que de faire un doctorat en philosophie.

Les photographes se rendirent compte du chambardement culturel qu'ils introduisaient?

Ils étaient trop époustouflés par leurs miracles. Ce sont les peintres qui, ébranlés jusqu'au tréfonds de leurs cerveaux, ont vu que tout était à revoir et à reconstruire. Et ce furent les granularités de l'impressionnisme. Les inserts d'inserts du cubisme. Les sauts « quantiques » sémiotiques de Duchamp et du surréalisme. Les abstractions de l'abstrait. Les taches du tachisme. Les effets de support et de surface (jusqu'à une école « support-surface »). Un hyperréalisme, qui montra combien le réalisme photographique était déréalisant, combien l'objectif des caméras était désobjectivant. Enfin, depuis 1990, des peintures aminoïdes, celles où les formations suivent le paradigme des acides aminés, fondements, via les protéines, des ultrastructures. C'est seulement après 1905 (années de la Relativité, des Quanta, du Cubisme), que le photographe Stieglitz eut le mérite de dégager clairement que la photographie n'est ni une peinture bonne ou mauvaise, ni une peinture autre, rapide et voyeuriste, mais un saut épistémologique et ontologique.

Votre titre Philosophie de la photographie implique que ce fut une nouvelle donne philosophique.

Depuis 2.500 au moins, Homo occidental s'était convaincu que la connaissance était une affaire d'idées comme disaient les Grecs frontalisants, de concepts comme disaient les Latins latéralisants. Or, la photo ignore les deux, et ne compte que des indices et des index. Les grains affectés de la pellicule sont les indices du spectacle qui les a modifiés ; le développement est l'indice renforcé de ces modifications ; l'impression papier est l'indice du négatif ; les reproductions les indices du positif. Pour le reste, le photographe ne peut qu'indexer ces indices par ces index que nous nommons cadrage, éclairage (parfois artificiel), focale, ouverture, temps d'exposition, sensitométrie des pellicules, moment élu (parfois « décisif »), accent du développement, recadrage, impressions, inserts, mise en relief. Les photos sont des indices indexés. Par quoi elles passent si facilement des structures et des textures aux ultrastructures.

C'est vrai qu'on peut parcourir toute la philosophie occidentale sans y trouver dix pages sur les indicialités et sur les indexations, même chez les empiristes anglais. Descartes commence tout de go par « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ».

Or l'océan de photos dans lequel nous baignons nous rappelle, mine de rien, que nos connaissances à tous s'inaugurent pendant des mois ou des années, puisque nous sommes d'abord des nourrissons, dans un magma d'indices seulement vaguement indexés par les gestes et les mots d'un entourage parental. Comme disait Peirce, toute connaissance commence par des abductions, le type de raisonnement du détective, bien avant d'éventuelles inductions et déductions, qui du reste partent d'elles, ou ne sont qu'elles magnifiées, comme sont beaucoup de philosophies et de religions? Oui, si le dernier Wittgenstein est à peu près le seul philosophe encore buvable n'est-ce pas que, depuis 1940, il avait pointé que notre regard enfantin et même adulte tient d'abord en volutes vagues, ombreuses et numineuses, parmi lesquelles nos cerveaux tentent tant bien que mal de repérer quelques récurrences et invariants ? Invariants non pas préalables, il y insiste, mais en construction. « Se déployant comme une hallucination de vapeur le geyser lui a bâti un champignon improbable s'étalant squattant l'espace », commence, volontairement sans ponctuation, Zelsa, roman-oratorio initiatique de Luc Eranvil. Voilà ce que nous invite à avouer toute photo si nous osons la regarder en face. Témoin Blow up d'Antonioni.

Le cinéma aussi serait donc typique à cet égard?

Oui et non. Assurément, le film et la bande magnétique sonore ou visuelle sont granulaires, confirmant le monde contemporain, mais le grain y disparaît dans le mouvement, ou les mouvances. La photo, elle, est immobile sous le regard, rappelant impitoyablement le grain latent. Et c'est ce qui la rend fascinante. Magique, sacrée, quand elle est celle du disparu sur la cheminée. Nous obligeant à mesurer combien il est faux que « ça a été » ; insistant qu'il n'y a d'abord jamais que des reflets de reflets, trouant toute Réalité par un Réel. Si bien que chaque photo est « obscène », non selon l'étymologie vraie, qui est sans doute « obscaevus », mais selon la fausse, que tout locuteur français entend pourtant, même s'il s'appelle Lévinas, et qui renvoie à « ob-scena », à un en-travers-de-la-scène qui fait voler en éclat la skènè, et donc aussi la juste distance du regard embrassant du tHeastHaï grec, celui du tHeatron, lequel suscita la satisfaction et l'illusion de la tHeôria. La photographie est l'anti-scène, l'anti-théâtre, l'anti-théorie. Et bien sûr, l'anti-morale, même quand elle est pavée de bonnes intentions et que son académisme gagne des prix dans les Maisons de la Culture.

Henri Van Lier in Le Français dans le monde, 2003

samedi, décembre 29 2007

La photographie , une révolution esthétique

La photographie , une révolution esthétique

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Un panorama ambitieux explore l’évolution d’un art et d’une technique dans son rapport au réel et à la création

«Nous commençons seulement à comprendre à quel point l’apparition de la photographie a bouleversé en profondeur l’histoire et la culture contemporaines. (…) Elle a changé du tout au tout, de manière irréversible, notre relation à l’expérience visible, au beau et à la vérité », affirment Michel Poivert et André Gunthert, respectivement président et vice-président de la Société française de photographie (SFP).

Ils dirigent cet ouvrage ambitieux sur L’Art de la photographie des origines à nos jours et les nouvelles voies empruntées par la recherche. Une approche thématique qui commence par « La génération du daguerréotype » dont l’invention annoncée en 1839 à l’Académie des sciences par Arago révolutionne l’art du portrait, jusqu’alors privilège de la peinture. Sont ensuite analysées l’émergence de grands maîtres comme Nadar ou Le Gray, l’élaboration d’une culture photographique et la naissance de « La volonté d’art ».

De l’astronomie à la médecine, ce sont aussi les sciences dont l’œil de la photographie bouleverse les méthodes. L’historien Clément Chéroux montre ensuite comment « Le jeu des amateurs » anticipe les expérimentations des avant-gardes artistiques de l’entre-deux-guerres. Des barricades de 1848 aux attentats du World Trade Center, de L’Illustration à Match, ce sont aussi « Les formes de l’information » qui se transforment. Dans « L’esthétique du document », Olivier Dugon révèle que les tensions entre document et art n’ont cessé de secouer la photographie , depuis 1890, avec les Archives de la planète d’Albert Kahn, jusqu’au renouveau actuel du documentaire social, en passant par Doisneau ou les Becher.

Constatant pour finir que les vertus documentaires sont remises en cause actuellement par la reconnaissance de la photographie sur le marché de l’art , et par « l’avènement du traitement numérique, lequel semble désormais miner toute croyance a priori dans la vérité de la description photographique ». Ce sont donc dix chapitres passionnants que le lecteur peut aussi aborder par un bain d’images, en feuilletant les cinq pertinents et magnifiques albums qui s’intercalent entre les textes.

ARMELLE CANITROT

vendredi, décembre 28 2007

Anthologie 3 Georg Tice

Georg TICE

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"A mesure que mon entreprise avançait, il devint évident que l'endroit où je décidais de faire des photos était sans importance. Tel lieu particulier ne faisait que me donner une excuse pour accomplir une oeuvre... l'on ne voit que ce que l'on est prêt à voir, ce qui renvoie l'image de l'esprit à un moment particulier".

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Quelques liens : exposition et Amish

jeudi, décembre 27 2007

Anthologie 2 Diane Arbus

DIANE ARBUS

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"Si j'étais simplement curieuse, il me serait très difficile de dire à quelqu'un : "J'ai envie de venir chez vous, et de vous faire parler, de vous faire raconter l'histoire de votre vie". Je veux dire que les gens vont me répondre : "Vous êtes cinglés". De plus, ils vont être bigrement sur leurs gardes. Mais l'appareil photo est une sorte de passe-partout. Chez beaucoup de gens, il y a une envie qu'on leur accorde une certaine attention et c'est le genre d'attention qu'il est raisonnable de leur offrir".

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Quelques liens : exposition vie

mercredi, décembre 26 2007

Anthologie 1 Clarence John Laughlin

Le peu de matière concernant l'Histoire de la pensée photographique sur le web, m'incite à compiler une anthologie - acte 1, scène 1

"J'essaye, dans une grande partie de mon oeuvre, d'insuffler à toute chose, y compris les objets prétendus "inanimés", le souffle de l'esprit humain. J'en suis venu à comprendre, progressivement, que cette projection animiste extrême résulte, au bout du compte, de la peur et de l'inquiétude profondes que je ressens devant la mécanisation de plus en plus rapide de la vie humaine, ainsi que de la tentative qui en découle d'effacer la marque de l'individu dans toutes les sphères de l'activité humaine, l'ensemble de ce processus étant une des expressions dominantes de notre société militaro-industrielle... L'artiste photographe libère le contenu humain des objets et confère une humanité au monde inhumain qui l'entoure"

CLARENCE JOHN LAUGHLIN

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vendredi, novembre 30 2007

Un peu de chaleur

Venez près du feu, entendre crépiter, sentir le bois se consumer,

Et vous chauffez : prêt à entendre, lors de la veillée, l'histoire de la buche dans la cheminée !

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